Contrat de Développement Territorial de la Boucle Nord

N’est-ce pas ce que l’on attend des urbanistes et des élus : proposer une vision de long terme qui s’appuie sur des projets qui dynamise le territoire, pour les citoyens et pour leur espace de vie ?

TweetDeck (1)Pour donner un projet concret et du contenu à une démarche intercommunale partisane et incongrue, entreprise avec désinvolture au lendemain des élections municipales de 2008, les maires de Gennevilliers, d’Asnières, de Bois-Colombes, de Colombes ont mis en place à partir de février 2012 un partenariat pour établir un projet de CDT.

Le 10 février 2014, ils ont signé le contrat de développement territorial (CDT) de la Boucle Nord des Hauts-de-Seine avec le préfet de région.

L’objet d’un CDT, tel qu’il est défini par la réglementation, est principalement de permettre l’atteinte des objectifs de territorialisation de l’offre de logement (TOL, objectifs de création de logements neufs fixés par le préfet de la région Ile-de-France), parallèlement à la restructuration et à la densification des quartiers autour des gares du Grand Paris Express (GPE). 

Boucle-Nord-des-Hauts-de-Seine_GaresSi les enjeux de la Boucle Nord des Hauts-de-Seine sont identifiés dans le CDT, à bien des égards ils s’inscrivent dans un territoire qui dépasse le périmètre dudit CDT. L’identité, la dynamique propre et ouverte, le projet de développement, les infrastructures de transports de la Boucle Nord sont inséparables d’un territoire complet qui inclut Villeneuve-La Garenne, La Garenne-Colombes et Courbevoie.

  • Comment envisager le développement du quartier Gare de Bécon sans intégrer le secteur du coté Courbevoie ? Et pourquoi ne pas projeter dans le CDT le devenir du quartier Gare de La Garenne-Colombes pour la partie situé sur le territoire de Colombes ?
  • Comment concevoir un transport en commun « fort, régulier et fréquent » (ligne de bus en site aménagé) sur l’axe Sud identifié comme un secteur stratégique de développement dans le CDT, de Villeneuve-La Garenne à La Défense, sans y associer les villes de Courbevoie et de Villeneuve-La Garenne ?
  • Comment établir un Plan Local de Déplacement (PLD), un schéma directeur des modes de transports doux ou une politique de stationnement qui ne soient pas à l’échelle de l’unité urbaine à laquelle appartiennent aussi les villes de Courbevoie et de La Garenne-Colombes ?

C’est bien à l’échelle de la Boucle Nord « complète » que s’apprécient les stratégies foncières et les mobilités, non seulement en raison de l’imbrication des communes, mais également par le positionnement des gares, toujours en limite de communes.

Comme pour les précédentes intentions intercommunales, le périmètre du CDT ne s’appuie pas sur la réalité géographique, il ne coïncide pas avec l’unité urbaine et le bassin de vie de la Boucle Nord. Il découle seulement d’une logique technique et politique, au sens partisan. C’est même l’avis du Conseil Régional d’Ile-de-France qui préconise d’ « Elargir le périmètre du contrat de développement territorial à l’ensemble de la Boucle Nord des Hauts-de-Seine… afin d’appréhender l’avenir de ce territoire dans le cadre d’un périmètre pertinent »

Si le périmètre retenu pour le Contrat de Développement Territorial de la Boucle Nord des Hauts-de-Seine n’est pas pertinent, les données d’entrée du diagnostic préalable ne le sont pas plus.

Calculer le taux d’emploi (emplois/actifs totaux) sur le petit périmètre du CDT (0.80) et non sur la Boucle Nord complète (1.10), calculer le flux des actifs sur la base des quatre villes du CDT, c’est ignorer en particulier que nombre d’actifs d’Asnières, de Colombes, de Bois-Colombes ou de Gennevilliers travaillent dans le bassin d’emploi de La Défense.

Se détournant de la partie sud de la Boucle Nord, le CDT ne prend pas en compte l’attractivité des quatre villes pour le logement des cadres, des employés travaillant à La Défense et de leurs familles. Ignorance d’autant plus grave que cette attractivité sera très fortement renforcée avec la mise en service des futures lignes de métro du Nouveau Grand Paris, ligne 15 et ligne complémentaire, qui rapprocheront domicile et lieu de travail.

Les rapports entre les emplois et les qualifications de la population, examinés à l’échelle du CDT ou bien à l’échelle du territoire complet, ne sont évidemment pas les mêmes. S’appuyer sur l’un ou sur l’autre change les intentions en termes de Plan Local de l’Habitat (PLH), de politique de l’emploi et de formation.

Le diagnostic préparatoire du CDT est mal évalué et la vision de l’évolution du territoire à l’échéance 2025/2030 reste par ailleurs assez peu définie, à commencer par la répartition de la densification sur la durée du CDT et l’équilibre environnemental.

L’engagement solidaire des quatre communes pour respecter l’objectif annuel de production de 1.860 logements par an (déclinaison de l’objectif fixé dans la loi relative au Grand Paris) est affirmé. L’effort de construction est très important et rompt avec le rythme de 830 logements par an de la période 2001-2010. Il doit être transposé dans les Programmes Locaux de l’Habitat (PLH) de chacune des villes ou dans un PLH intercommunal.

A ce stade, les clés de répartition entre les villes, esquissées par le CDT, ne sont ni fiables, ni pérennes. L’effort doit être poursuivi d’abord dans les quartiers des gares et sur les trois axes de développement reconnus par le CDT, en s’appuyant sur la disponibilité du foncier, dans un juste équilibre avec l’immobilier d’entreprise, l’immobilier commercial et les équipements publics.

Proposition du CDT, la répartition de l’effort de construction au prorata de la population des villes est incohérente. Elle conduit à densifier encore la ville la plus dense et dont le potentiel de mutation foncière est devenu limité. Asnières-sur-Seine est dans ce cas, qui présente un tissu urbain aussi dense que Paris intramuros.

La mise en service du « tronçon nord » de la ligne 15 initialement prévue pour 2020 a été reportée à 2027La densification du territoire peut-elle précéder de dix ans les infrastructures ? Le CDT ne répond pas à la question. Une étude de planification des opérations doit être menée au plus tôt, et comprendre un volet « mobilité » pour étudier les solutions de transport permettant de palier si nécessaire et si possible l’allongement des délais de réalisation du Nouveau Grand Paris suivant le calendrier retenu par le Premier Ministre.

La zone de densification du territoire la plus importante et la plus disponible se situe au Nord, en majorité sur la commune de Gennevilliers. Elle sera desservie par les futures gares de la ligne 15, Les Agnettes, au cœur du territoire, et Les Grésillons, plus près de la Seine. Pour accompagner les mutations qui seront naturellement induites avec l’arrivée du métro Grand Paris sur le territoire en 2027, l’aménagement de cette vaste zone doit être étalée dans le temps, en s’attachant à recréer un équilibre social, économique et environnemental.

  • Avec les futures infrastructures de transport, la nouvelle attractivité et le développement de l’offre de logements en accession permettront un rééquilibrage social et urbain dans une ville qui compte 60% de logement social et des quartiers de grands ensembles.
  • A l’extrémité nord de la Boucle, le Port de Gennevilliers ouvre sur un territoire de développement économique du Grand Paris. Sa spécificité permet d’engager un renouvellement industriel en accueillant des entreprises innovantes dans le domaine environnemental (logistique, énergies alternatives renouvelables, éco-industrie)
  • Unique poumon vert de la Boucle Nord, le parc des Chanteraines est très fréquenté. Il est possible d’envisager son extension pour faire face à l’accroissement et au rajeunissement de la population. Un parc des sports mitoyen pourrait lui être associé si le besoin en équipements sportifs devait être augmenté. Les terrains sont à réserver.

2 unités urbainesLa répartition de la population au nord et au sud de La Défense dessine deux unités urbaines, deux territoires supports naturels de deux CDT qui n’ont pas été identifiés comme tels. A côté d’une Boucle Nord au complet en ajoutant Courbevoie, La Garenne-Colombes et Villeneuve-La Garenne, ce sont les villes de Nanterre, Puteaux, Rueil-Malmaison et Suresnes qui devraient constituer un autre CDT.

Si Villeneuve-La Garenne n’est rattachée à aucun CDT, Courbevoie est maintenant associée à Puteaux dans le CDT Seine Défense et La Garenne Colombes a rejoint Nanterre, Rueil-Malmaison et Suresnes dans le CDT des Deux Seines, de l’autre côté de La Défense. Cet imbroglio présente le double risque de stratégies de développement controversées d’une part et inconciliables de l’autre. Une mauvaise représentation territoriale, c’est une mauvaise politique derrière.

Pour suivre et coordonner raisonnablement les études stratégiques des trois CDT, les onze villes pourraient mettre en place un SIEP unique, Syndicat Intercommunal d’Etude et de Programmation ad hoc. Cette structure mutualisée aurait pour objectif de reprendre les études sur des bases cohérentes et partagées, sans figer les CDT dans une image stéréotypée du territoire, mais en se préparant à accompagner l’évolution socio-économique (flux, activité, services, nouveaux logements) liée à l’arrivée du Grand Paris Express.

Pour un sujet technique et complexe tel que les orientations stratégiques d’un Contrat de Développement Territorial, l’Enquête Publique d’une durée d’un mois n’est pas la procédure qui permet d’organiser un débat démocratique. Un dialogue institué entre le SIEP et un Conseil Economique et Social Local (CESL intercommunal) aurait pour objet de partager l’information avec les citoyens, d’enrichir les études avec les besoins exprimés et d’envisager le CDT de manière dynamique en vue d’une remise à jour triennale.

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A propos Pierre-Nicolas BUREL

Délégué Nouveau Centre / #UDI à #Asnières sur Seine. Candidat démocrate en 2008 au conseil général des Hauts-de-Seine sur le canton sud d'Asnières : 17,15%.
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